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VLAMINCKa.jpgMaurice de Vlaminck (1876-1958), Maisons dans le Perche
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Histoire des sciences

Jeudi 11 janvier 2007

•    Sa vie


La vie de Jean Colombier peut être divisée en  trois périodes : sa jeunesse, sa vie d’ « hygiéniste militaire », sa vie d’« hygiéniste hospitalier ».

Jean Colombier, né le 3 décembre 1736 à Toul, est le fils de Jean-Baptiste Colombier, docteur en médecine et « chirurgien-major du régiment du Roy » et de Marie-Anne Queutelot. Il étudie tout d’abord au collège des jésuites de Besançon puis entame des études médicales sous la direction de son père. En 1752, il entre dans les hôpitaux militaires de Metz (semble-t-il) et obtient à Reims, en 1753, la maîtrise-ès-art. Il a alors seize ans et demi. D’octobre 1755 à Pâques 1756, il étudie à la Faculté de Paris. En 1758, il est nommé chirurgien du régiment du commissaire général-cavalerie à Landau ; il aurait également été employé dans les hôpitaux sédentaires de l’armée de 1752 à 1763.
D’octobre 1762 à octobre 1763, il est à la faculté de Caen. Il abandonne sa place de chirurgien major vers cette période. En 1764, il est à Douai ; c’est là qu’il est admis à la licence le 9 janvier 1765.
Il retourne à Paris pour obtenir le doctorat. Diplômé, il s’installe à Paris où il tente de créer avec Guibert et Bourru (plus tard doyen de la Faculté) un système de médecine à l’abonnement (12 livres par an pour une personne, 18 livres pour deux personnes, 24 pour 3…). Evidemment, cette idée ne réjouit guère leurs collègues.

Dans la seconde phase de sa vie, Pierre Gallot-Lavallée  appelle « Colombier, hygiéniste militaire », Jean Colombier compose ses ouvrages de médecine militaire et d’hygiène . A cette époque, il est également chargé par les ministres de la guerre de différents travaux sur l’hygiène et les hôpitaux de l’armée (trois rapports ont été conservés).
C’est à partir de 1780, sous le ministère de Necker, que l’on commence à porter une attention particulière aux hôpitaux. Le tableau des hôpitaux à la fin du XVIIIe siècle est en effet très sombre.
Necker fonde alors, en 1780, un département particulier composé d’Antoine Chaumont, pour la partie administrative, et de Colombier, assisté de Doublet et  de Thouret, pour la partie médicale, afin de surveiller les hôpitaux.  Le pouvoir central entend ainsi mettre la main sur les administrations charitables locales.
En 1784, Colombier est chargé, à la demande du gouvernement, de rédiger, en collaboration avec Doublet, une instruction sur la manière de gouverner les insensés.

•    Son œuvre

Dans une première dissertation, Dissertatio de suffusione seu cataracta, en 1765, il traite de la cataracte et préfère l’extraction du cristallin plutôt que son abaissement. Mais c’est en tant que médecin militaire que Jean Colombier se met réellement à écrire, et ses premières œuvres portent donc sur le sujet. En 1772, il   publie un Code de médecine militaire pour le service de terre. En 1775 paraît : Préceptes sur la santé des Gens de Guerre et Hygiène militaire, réimprimé en 1779 sous le titre d’Avis aux Gens de guerre et Préceptes sur leur santé. Vicq D’Azyr considère ce livre comme l’ouvrage le plus original de Colombier. Le dernier ouvrage d’hygiène de Colombier (sept volumes), qui paraît en 1778, est intitulé : Médecine militaire ou Traité des maladies tant internes qu’externes auxquelles les militaires sont exposés dans leurs différentes fonctions de paix ou de guerre. Certains lui reprochent d’être trop diffus et de proposer des projets inexécutables.
En 1782, dans Du lait considéré dans tous ses rapports, il s’attache à démontrer que les maladies désignées sous le nom de « lait répandu » dépendent presque toujours d’une autre cause que le lait.
Il a publié quelques ouvrages communs avec Doublet. Enfin, on lui doit l’édition, en 1783, d’œuvres posthumes de Pouteau, un chirurgien, enrichie d’une préface, de notes critiques et de la vie de l’auteur.

L’Instruction…

•    Présentation

L’Instruction a été imprimée à l’Imprimerie Royale aux frais du gouvernement. Elle comporte 44 pages, in 8°. L’édition consultée date de 1785 ; elle est extraite de Journal de Médecine.
Le texte peut être considéré comme le premier de texte de législation en santé mentale, il dresse un programme complet pour la police de santé de la folie.  
La circulaire est composée de deux parties principales. Doublet n’a, en réalité, jamais eu l’occasion de travailler avec ce genre de malades. Dans la première partie, « qui concerne la manière de placer, garder et diriger les insensés », Colombier discute d’un projet d’hôpital pour les insensés ; lequel devra présenter certaines caractéristiques à valeur thérapeutique : présence d’air pur, d’eau courante, de promenades dans des lieux ombragés, un régime alimentaire adapté. Dans la seconde partie, Doublet classe la folie en quatre catégories : la manie, la mélancolie, la frénésie, la stupidité. Pour chaque catégorie, il décrit les symptômes, présente les causes et propose un traitement basé sur ce qui se pratique couramment à l’époque.

•    Edition / Diffusion

Au moment où elle est sortie, l’Instruction a été largement diffusée. Colombier et Doublet s’adressent aux médecins et aux directeurs d’établissement ; ils donnent des conseils de diagnostic et de thérapeutique. Le ministre Calonne, qui fait une grande publicité à l’Instruction, veut qu’elle serve de règle à tous les établissements accueillant des insensés. Elle est envoyée aux Intendances du Royaume, en plusieurs exemplaires. Par exemple, l’intendant d’Alençon en reçoit cinquante exemplaires pour les distribuer à son tour aux différentes maisons et hôpitaux de sa généralité, qui reçoivent des insensés. Les directeurs devront appliquer les mesures d’hygiène ainsi que la thérapeutique indiquée et par la suite, l’intendant devra faire part au ministre des avancées dans le domaine. Des visites d’inspection de Colombier devaient seconder cet effort d’application.
Cette large diffusion entend informer les hôpitaux des lumières acquises et de lutter contre les abus et les préjugés.
Outre les nombreuses éditions d’origine, on peut retrouver les textes de Jean Colombier et François Doublet dans l’article de Paul Sérieux et Lucien Libert, L'Assistance et le traitement des maladies mentales au temps de Louis XVI
Il y en a eu une réédition en 1978 mais elle  ne figure sur aucun catalogue de bibliothèque.
On peut facilement trouver une édition de l’Instruction d’autant qu’elle a été publiée par Claude Wacjman dans un recueil de textes sur la folie, Enfermer ou guérir, Discours sur la folie à la fin du XVIIIe siècle (Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 1991). L’Instruction sous cette forme se retrouve dans dix-neuf bibliothèques universitaires dont celle de Paris XII, Villetaneuse. L’ouvrage a également été numérisé en 1995 par la BNF. On peut donc le trouver sur Gallica.

Résumé de l’Instruction…

Dans l’introduction, Jean Colombier dresse un constat peu brillant de la condition des insensés en cette fin de XVIIIe siècle. Il a l’impression qu’ils étaient mieux traité auparavant. Pour y remédier, il propose de créer des établissements qui accueilleraient les insensés et les soigneraient. Dans la première partie « qui concerne la manière de placer, garder et diriger les Insensés », il décrit la manière dont les riches doivent s’occuper de leurs fous. Puis il s’intéresse aux pauvres, ceux pour lesquels des hôpitaux doivent être construits. Tous les insensés devraient alors être contenus dans des lieux salubres où il y aurait des salles pour chaque catégorie de fou. La vie quotidienne, le vêtement, les soins y seraient soigneusement réglés. Dans la deuxième partie, François Doublet propose un traitement pour ces malades chez qui l’imagination, la mémoire ou le jugement ont été altérés. Comme Dufour, Doublet ne prétend pas traiter toutes les maladies de cette sorte. Il les a choisies « soit parce que les autres peuvent s’y rapporter, soit par ce que ce sont les seules auxquelles le Gouvernement accorde ses secours. » (p. 20). Il existe quatre type d’aliénation d’esprit : la frénésie, la manie, la mélancolie, l’imbécillité. Les moyens de les guérir sont très variés : saignées, bains, purgatifs et parfois même plus radicaux comme l’électricité, le séton, le cautère…

 

 

 

Par Elodie DELCAMBRE-MAILLARD
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