Le sentiment de vivre une crise, comme celui d'être en décadence, dont il n'est peut-être qu'une variante moins réactionnaire, est presque permanent. Même pendant les « trente glorieuses », on dénonçait qui la « crise des valeurs », qui les premières secousses de la « crise générale du capitalisme ». La société n'est jamais stable, et les changements que nous vivons nous apparaissent toujours comme plus rapides, plus profonds, plus destructeurs que ceux du passé. Il est donc important de travailler sur la gestion des crises ainsi que leur prévention.
- Différentes acceptations de la crise
Le terme de crise est un mot difficile à définir, d'autant plus qu'on l'utilise pratique chaque jour, dans les médias notamment, à tort et à travers. On parle aussi bien de crise économique, de crise financière que de crise mondiale ou de crise des transports. Yves Michaud [1], lui, évoque la crise de la représentation de l'art contemporain causé par l'absence d'une communauté esthétique. Historiquement, la Crise correspond à la Grande Dépression partie des Etats-Unis en 1929. Dans le langage médical, c'est le moment ou le malade révèle sa maladie. La crise est selon le Robert, un moment caractérisé par un changement en politique, en économie, ... Le mot finit parfois par devenir synonyme de tension (crise internationale) et de pénurie (crise de la main d'oeuvre). Pour Maud Mannoni [2], la crise est le signe de vitalité d'une société.
Michel Winock, estime qu'au niveau politique, la France à connu huit crises de 1871 à 1968. Il y a la Commune, la crise du 16 mai 1877, le Boulangisme, l?Affaire Dreyfus, la crise du 6 février 1834, celle du 10 juillet 1940, du 13 mai 1958 et celle de mai 68 [3]. Cela témoigne d?une grande instabilité du régime français. La troisième république s'ouvre et se termine par deux crises opposées. Excepté pour la Commune les crises se terminent soit par l'appel à l?homme providence soit par l'appel aux urnes. Il affirme ensuite que depuis la fin de la république Gaullienne, une chute de tension s'est manifestée dans les rapports politiques. Il n'y a plus de réelles crises politiques.
Mais quelque soit sa nature, une crise ne peut se gérer elle-même. Pour cela, différents moyens d'actions sont proposés.
Le premier acteur dans la gestion de crise est bien sur l'Etat. Herman Kahn, dans son livre On Escalation, a imaginé une échelle de 44 barreaux entre la réaction la moins vive et la réaction la plus violente à une provocation. Il veut mettre en garde les chefs d'Etat et leur montrer qu'il peut y avoir différents types de réactions. La négociation peut être un moyen efficace pour éviter une crise. Toutefois cela repose sur l'idée américaine que, le plus souvent, les guerres résultent de malentendus ou d?accidents. Toutefois les hommes politiques ne sont pas les seuls à entrer en jeu. La nation également a son rôle à jouer. Hans Jonas explique que la peur que provoque une crise peut également être salvatrice. Ce sursaut de la société, amenant la conscience au niveau de la science, la porte à se donner les moyens de survivre. Faire débattre les citoyens avec des experts, comme c'est le cas au Danemark, peut être un moyen de gérer une crise.
Pour cela l'accès à l'information est indispensable. Notre société ne croyant plus au hasard, chaque crise tourne à la recherche de responsables. Problème de l'incertitude qui affecte sa capacité à se déterminer. Plus que sur la recherche il faut accentuer l'effort sur l'information et sa qualité. Pour cela, il faut une pluralité des sources mais aussi des approches, en favorisant le débat. Cela permet de construire la vérité. Il faut a tout pris contrer l'incertitude car le mystère grandit avec les maux. Le public à besoin de réponse. C'est pour cela que la Constitution de la Ve République, pratique et jurisprudence prévoit, dans l'article 16, que la Nation soit prévenue lorsqu'un danger survient. Toute information doit être accessible dès lors qu'elle est confirmée par des scientifiques. L'information doit également être diffusée par différents lieux d'information en santé pour répondre aux attentes des usagers : centre téléphonique, numéro vert, relais par des professionnels de santé, serveur Web.
Ainsi transparence de l'information et participation du public sont les maître mots dans la gestion de la crise. Toutefois, s'il est essentiel de savoir gérer une crise, il est préférable de savoir l'éviter.
Une des premières mesures pour éviter la crise est, selon Pierres Lascoumes, professeur de droit public, le principe de précaution [4]. Il consiste à opposer au laisser aller une démarche volontariste. Pour cela, il faut savoir maîtriser les risques, cerner les difficultés. Il ne faut pas assimiler précaution et prévention, ni précaution et abstention, ni même précaution et création d'une situation de risque zéro. La précaution en matière de gestion de danger consiste à examiner toutes les hypothèses. En situation de danger, une hypothèse non infirmée doit être tenue provisoirement pour valide. Il faut aussi cadrer l'activité de précaution sur l'entendue des mesures à adopter, leur caractère facultatif ou non. Le dernier élément consiste à mettre en oeuvre une stratégie.
La prévention peut se faire à différents niveau. L'information, bien sur, joue un rôle mais il existe aussi des moyens plus actifs. Patrick Lagadec, directeur de recherche à l'Ecole Polytechnique, propose de tisser des liens avec les acteurs concernés (autorités, victimes, médias). Au sein d'une entreprise, une solution consiste à mettre une place une petite cellule de veille dont la fonction est d'identifier et d'évaluer tout signe d'alerte. Ils doivent prendre leurs informations en externe (médias, congrès, rencontres professionnelles) ou en interne (rapports d'accidents, réunions, mémos). Tout signe d'alerte doit être présenté aux autres membres car ce qui peut paraître de risque « très faible » pour l'un peut se révéler risque « très dangereux » pour un autre. Il faut ensuite faire une évaluation du risque. On peut aussi faire appel à des audits de risques qui comprend plusieurs étapes : l'identification, l'évaluation, la priorisation, les actions préventives.
Pour différentes raisons, les sociétés sont régulièrement traversées par des crises de plus ou moins grande importance. D'après certains spécialistes, il est possible de les éviter ou du moins d'en limiter les impacts. C'est à se demander comment la "crise des banlieues" de 2005 aurait pu être évitée...
[1] MICHAUD (Yves),
La crise de l'art contemporain, PUF, 1997
[2] MANNONI (Maud),
Invalidation, Le Débat, mars 1983
[3] WINOCK (Michel),
La fièvre héxagonale : les grandes crises politiques de 1871 à 1968, Calmann-Lévy, 1986
[4] LAESOUMES (Pierre),
Principe et démarche de précaution [en ligne], Encyclopaedia Universalis, juin 2000
Par Elodie
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