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VLAMINCKa.jpgMaurice de Vlaminck (1876-1958), Maisons dans le Perche
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Le monde du livre et des bibliothèques

Mercredi 10 janvier 2007


Depuis 1989, les publics des bibliothèques ont doublé ce qui a contribué à son évolution. Il importe donc, au personnel des bibliothèques, de sans cesse s’adapter à ces nouveaux publics. Dans ce contexte que Jean-Luc Gautier-Gentes, reconnaît aux bibliothèques municipales deux missions opposées que sont la mission sociale et la mission culturelle et s’interroge : « Jusqu’à quel point la vocation sociale peut-elle être prise en compte, ne serait-ce pas au détriment de la mission culturelle ? ».Dans quelle mesure la bibliothèque populaire peut-elle prendre la pas sur une bibliothèque savante ? La bibliothèque a par essence une vocation culturelle, la demande de social, elle, n’est apparue que dans les années 70, période de réel développement des bibliothèques municipales. La notion de social est une notion assez difficile à cerner. L’auteur y voit essentiellement deux champs d’action : dans le domaine des acquisitions avec notamment l’achat de guides pratiques et dans le domaine des services.

 

 

Il s’agit ici de montrer les catégories d’actions qui peuvent faire pencher la bibliothèque municipales vers une vocation davantage sociale puis de nuancer ce point de vue en présentant l’indispensable cohabitation des deux missions. Enfin, ce tableau devra être compléter par d’autres vocations de diffusion de mode de pensée.

Pour certains historiens, l’ouverture des bibliothèques municipales à un large public montre une vocation plus sociale que culturelle. Martine Blanc-Montmayeur, directrice de la BPI au centre George Pompidou, se demande si la « dérive sociale » peut être évitée. Pour Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard, dans Discours sur la Lecture , « le souci des lecteurs prend le pas sur le souci des livres ». C’est dans ce contexte que c’est développé l’idée d’une bibliothèque « hors les murs ».

 
La bibliothèque municipale est un service public. Cette notion renvoie à l’idée de social que se fait Jean-Luc Gautier-Gentes. En ce sens la bibliothèque municipale doit s’adresser à une communauté d’usagers, quels que soient ses origines, ses idéologies, son niveau de culture, son milieu social. Néanmoins, des catégories de personnes ont longtemps été ignorées. Mais dans les années 70-80, les bibliothèques vont chercher à développer leur public. Elles deviennent un enjeu social. Dans les années 80, la politique de ville s’engage dans une action au bénéfice de quartiers défavorisés. En 1984, Jacques Lang, alors ministre de la Culture , affirme sa volonté d’ « étendre le territoire du livre (...) en direction de nouveaux lieux et de nouveaux publics ». La bibliothèque s’ouvre alors sur l’extérieur vers les publics dits « empêchés » et ceux de quartiers défavorisés. Les « empêchés » sont toutes les personnes qui ne peuvent accéder à une bibliothèque pour cause d’hospitalisation, d’emprisonnement, d’éloignement... La prise en compte des ces publics est progressivement une préoccupation majeure.

 

 

 

 Les bibliothèques d’hôpital se sont développées dans l’entre-deux-guerres mais c’est seulement en 1999 qu’une convention, entre le ministère de la Culture et le ministère de la Santé , décide de multiplier les actions culturelles et artistiques au sein de l’hôpital. Mais les bibliothèques d’hôpital manquent souvent de reconnaissance et de moyens. Les bibliothèques municipales sont là pour aider à leur développement avec par exemple des dépôts de document, un bibliobus au sein de l’hôpital, le portage de documents à domicile pour des personnes récemment hospitalisées qui ne peuvent se déplacer.

Le partenariat des bibliothèques municipales avec le milieu carcéral est un peu plus ancien. En 1986, un protocole d’accord est signé entre le ministère de la Culture et le ministère de la Justice. Dès lors, des conventions locales sont signées, associant établissements pénitentiaires, collectivités territoriales et différents partenaires tels que la DRAC ou le CNL. Cependant certains établissements ne disposent toujours pas de bibliothèques et à peine plus d’un tiers d’entre eux bénéficient de l’intervention d’un bibliothécaire professionnel à raison de neuf heures par semaine. Or dans un milieu ou 20 % des détenus sont en situation d’illettrisme, cette mission sociale de réinsertion des prisonniers semble indispensable.


La vocation sociale d’une bibliothèque ne se limite pas aux personnes qui ne peuvent pas se déplacer dans les locaux. Dans les années 80, on découvre un phénomène encore occulté, l’illettrisme. La bibliothèque fut alors assignée à intervenir. Cela consistait à renforcer son rôle social plutôt que culturel et à affirmer sa capacité à lutter contre les phénomènes d’exclusion. C’est le moment ou apparaissent les « médiateurs culturels » et où le rôle des bibliothécaires comme travailleurs sociaux est renforcé. Ceux-ci deviennent alors acteurs de la réinsertion sociale de chômeurs, de jeunes en difficulté, de travailleurs immigrés et plus généralement des personnes voyant la bibliothèque comme un lieu élitiste. Deux actions principales sont envisagées : les bibliobus et les bibliothèques de rue.

Les bibliobus ont été crée peu après la première guerre mondiale. Dès 1945, ils sont le principal instrument des Bibliothèques centrales de prêt (futures Bibliothèques départementales de prêt) avant d'être utilisés par les bibliothèques municipales. le bibliobus a pour but de démythifier la bibliothèque, de montrer qu'elle n'est pas réservée à une élite. Il permet de couvrir des villages qui ne possèdent pas de bibliothèques ainsi que des quartiers défavorisés. Actuellement cette méthode est de plus en plus critiquée à cause de son coût important de fonctionnement et son impact limité. On leur préfère les navettes, véhicules plus légers, qui transportent des caisses de livres. Dans ce cas, le prêt ne se fait pas directement aux particulier mais au petites bibliothèques.

 

Les bibliothèques de rue sont généralement davantage centrées sur les enfants. Elles ont souvent une origine associative mais certaines bibliothèques municipales ont également opté pour ce moyen d’action. En outre, en cas de modèle associatif, tel ATD-Quart-Monde, la coopération avec les bibliothèques municipales ne doit pas être sous-estimée. Les uns apportent la connaissance des populations les plus démunies, les autres la qualification professionnelle. Leur mission consiste a à faire des bibliothèques de rue des lieux de relation avec les enfants et leur famille. Elle permet de rétablir un lien de sociabilité dans des lieux de totale exclusion et de profonde misère. En août 1991, à Grenoble, des bibliothécaires ont fermé la bibliothèque pour enfants, pour venir lire des histoires sur un terrain vague. L’avantage de ce système tient surtout dans la souplesse de son organisation. Les enfants ne sont pas tenu des respecter des règles strictes comme ils devraient le faire dans un établissement.

La bibliothèque "hors les murs" n’a pas le privilège du social. Toutefois il faut distinguer, au sein même des bibliothèques municipales, les bibliothèques d’études davantage destinées aux chercheurs et les bibliothèques de détente et de loisir qui peuvent être considérées comme des lieux de sociabilité.

 
En 1995, une étude de la BPI a montré que, pour les jeunes de milieux défavorisés, les bibliothèques municipales sont avant tout des lieux d’intégration sociale et de convivialité. La bibliothèque joue un rôle important dans la lutte contre l’exclusion. C’est également un lieu de retrouvailles, d’échanges ou les connaissances circulent et se transmettent.

 

Pour certains jeunes la bibliothèque peut aussi être considérée comme un deuxième « chez soi ». Pour certains enfants de famille nombreuse, la bibliothèque est vue comme un « havre de paix » où ils peuvent faire leurs devoirs dans le calme avec, à disposition, tous les outils de travail nécessaires. Pour d’autres, c’est l’oreille attentive du bibliothécaire qui prévaut. La personnalité des bibliothécaires, leur degré d’implication, leur capacité à répondre à la demande est essentiel, en particulier pour ceux qui viennent chercher un dialogue qu’ils ne peuvent avoir dans leur famille. Toutefois, ce rôle à dominante sociale provoque parfois le mécontentement d’autres usagers désirant travailler dans le calme et pour lesquels la bibliothèque a essentiellement une vocation culturelle.

 


Les bibliothèques de quartier, quant à elles, prennent le relai lorsque les bibliothèques municipales ne jouent pas suffisamment leur rôle social, lorsqu’un individu déjà en marge du processus de socialisation, s’y sent ignoré ou méprisé. Dans les années soixante-dix le ministère de la Culture prévoit que ces établissements soient polyvalents. On doit y projeter des films, présenter de petits spectacles et expositions. Elles accueillaient les enfants après l’école. Actuellement l’offre de ces bibliothèques est une offre d’information : Internet, offre d’emploi. Il s’agit de redonner aux exclus de l’emploi une nouvelle chance dans le circuit, de recréer un lien social. En contrepartie, les bibliothèques de quartiers ont un caractère vulnérable, elles sont souvent des lieux d’effraction et de violence.



Jean-Luc Gautier-Gentes se demandait si la mission sociale ne pouvait pas supplanter la mission culturelle. Bien sûr quelques projets des bibliothèques municipales pourraient la faire penser. Toutefois, il semble évident que l’une des deux missions ne peut fonctionner sans l’autre. Cette idée se retrouve lorsque l’on parle de la politique socioculturelle des bibliothèques. La bibliothèque municipale doit être un moyen social d’accéder à la culture.

 


Les politiques culturelles ainsi que les chartes émises par différents organismes nous indiquent que la légitimité des bibliothèques municipales aujourd’hui, repose aussi bien sur la richesse des collections que sur son aptitude à s’ouvrir à un large public.

 

Les politiques culturelles municipales remontent aux années 30. Le Front Populaire et, en particulier Léo Lagrange, mettent en avant le « droit aux loisirs ». Ce concept réapparait à la Libération sous la forme de « droit à la culture ». Ainsi, c’est « l’égal accès à la culture » qui est inscrit dans le Convention de 1946. Dans les années 50-60, on assiste à des tentatives de démocratisation de la culture par le biais des mouvements d’éducation populaire, tel Peuple et Culture. C’est dans ce contexte que se structurent, dans les années 60-70, les politiques culturelles municipales. Elles visent la démocratisation culturelle tout en prenant en compte les demandes de la population. Les élections de 1977 et le succès de la gauche vont permettre un investissement plus large dans des projets culturels. Au même moment, les politiques sociales s’accélèrent. Toutefois aucun texte législatif ni réglementaire ne définit réellement les missions des bibliothèques municipales.

 

 

 

 

En parallèle, différents organismes tentent à leur tour de les définir. Avec le développement des bibliothèques publiques dans l’entre-deux-guerres, la mission sociale semble s’être imposée aux côtés d’une vocation culturelle. Cela se retrouve déjà en 1937 dans une enquête menée par l’Institution de coopération intellectuelle, intitulée « Mission sociale et intellectuelle des bibliothèques publiques ». En 1991, la Charte des bibliothèques, adoptée par le Conseil supérieur des bibliothécaires stipule, dans l’article 3 : « La bibliothèque est un service public nécessaire à l’exercice de la démocratie. Elle doit assurer l’égalité d’accès à la lecture et aux sources documentaires, pour permettre l’indépendance intellectuelle de chaque individu et contribuer au progrès de la société ». En 1995, le Manifeste de l’UNESCO prévoit que « la bibliothèque publique, clé du savoir à l’échelon local, est un instrument essentiel de l’éducation permanente (...) et du développement culturel de l’individu et des groupes sociaux. ». Le refus de toute discrimination, précisé par la suite assigne une vocation également sociale à la bibliothèque.

 
Cette relation entre la mission sociale et la mission culturelle d’une bibliothèque se retrouve également dans toutes les études parues sur le sujet.

 
L’évolution de l’environnement des bibliothèques a apporté des enrichissements notamment dans le domaine social mais aussi dans l’accès à la culture. Dans une étude de la BPI en 2000, concernant les bibliothèques publiques en Europe, Martine Blanc-Montmayeur, dans son article « Le rôle social de la bibliothèque : quelle signification ? » indique que « c’est le mot social qui est associé de plus en plus au mot culture et qui clignote de plus en plus fort sur les façades des bibliothèques. ». La notion d’association est ici très forte, il n’est pas question pour l’une des deux missions de remplacer l’autre.

 

 

En 1997, le dossier « Missions culturelles et sociales des bibliothèques » du Bulletin des Bibliothèques de France, s’interrogeait sur ce thème. Dominique Tabah, dans l’article « Le rôle social et culturel des bibliothèques vu de Bobigny » écrit que la bibliothèque doit avoir un rôle culturel et éducatif, civique et social. Ce rôle « s’apparente davantage (...), à celui de l’école (...) qu’à celui d’autres institutions culturelles auxquelles on la compare souvent : musée, archives, théâtre, écoles de musique. ». La bibliothèque doit mener le lecteur dans une pratique de construction personnelle tout en restant un lieu de loisirs. Elle est un lieu de découvertes et d’échanges. Mais elle est aussi un service de proximité ce qui lui donne un rôle social et culturel. Dans les bibliothèques américaines cette idée de service de proximité est poussée à son extrême. Les gens peuvent à peu près tout y faire : consulter des livres de cuisine, l’annuaire, des journaux de mode. On peut également leur téléphoner pour avoir des renseignements divers.

 Danielle Taesh, elle, évoque les projets de la ville de Mulhouse autour des bibliothèques qu’elle présente comme un outil à la fois culturel, pédagogique et social. Ce sont, selon ses termes, des « outils complémentaires » qui permettent à tous d’accéder aux richesses culturelles de la ville.

 
Plus spécifiquement, l’espace enfant est généralement l’espace même ou se rencontrent la vocation sociale et la vocation culturelle. La bibliothèque pour enfants est souvent abritée dans la bibliothèque municipale. Elle s’offre à la détente et aux loisirs individuels grâce à ses livres attrayants en libre accès. Elle se prête en même temps aux premières expériences de recherche et de documentation grâce à des catalogues à peine simplifiés. L’animation à l’aide d’Heure du conte, de représentations théâtrales, d’expositions et d’intégrations des enfants aux projets, tient une place importante. La dernière méthode évoquée concilie un aspect culturel car elle encourage généralement la lecture et social en ce qu’elle permet aux enfants d’échapper à la logique d’échec ou de réussite scolaire. C’est également un moment où ils peuvent sortir de leur quotidien.

 Il faut souligner que la bibliothèque est aussi le premier lieu culturel où les enfants, même les plus défavorisés, ont le plus tendance à se diriger. Certains d’entre eux ayant l’habitude d’emprunter des livres dans la bibliothèque de l’école, la bibliothèque municipale apparaît comme un prolongement naturel de cette logique. Plus que leurs parents, ils ont conscience que la bibliothèque n’est pas un lieu élitiste.

 Ainsi ce genre d’espace associe bibliothèque sociale et bibliothèque culturelle ou la recherche bibliographique ainsi que les expositions mettent le jeune lecteur en mesure d’exploiter pleinement les fonds dont il dispose.

 
Les bibliothèques municipales ont donc deux vocations principales : une vocation culturelle et une vocation sociale qui, au lieu d’être « vécues comme étant en opposition », se complètent. Mais parfois les bibliothèques se donnent d’autres missions, conscientes ou inconscientes.

 


La première concerne une volonté plutôt inconsciente de diffuser une « culture légitime ». Il s’agit ici de montrer au lecteur quels ouvrages correspondent à une « bonne lecture » et quels autres correspondent à une « mauvaise lecture ». La « bonne lecture » rejoint évidemment l’idée de « culture légitime » proposée par le sociologue Pierre Bourdieu. Investis d’une mission culturelle, certains bibliothécaires veulent imposer le modèle culturel dominant et l’inculqué comme légitime. Cela peut expliquer le nombre encore important de disques laser de musique classique et de films en noir et blanc alors qu’en réalité seule une minorité de personnes en emprunte. Cette culture ne profite, en effet, pas à tous ce qui conduit à une forme de discrimination culturelle. Ce n’est pas au bibliothécaire de décider pour l’usager ce qu’il doit choisir. Chaque personne est capable de décider quelle lecture est bonne pour lui, même si cela est un Harlequin. Il est vrai qu’aujourd’hui, la profession fait attention à ne plus trop privilégier la « culture légitime », en prenant en compte les besoins des gens. Néanmoins, ces besoins ne doivent pas dépasser certaines limites et ne pas aller en contradiction avec ce qu’Anne-Marie Bertrand nomme la « sélection légitime ». Pour cette conservatrice des bibliothèques et directrice de l'ENSSIB, ne font pas partie de cette sélection, les ouvrages ayant trait aux superstitions – parapsychologie, astrologie, magie –,  aux idées extrémistes, aux produits ayant comme objet des stars, des « héros ». Céder aux modes et aux goûts du jour consiste à entrer dans une dérive consumériste. En agissant ainsi, les bibliothèques risqueraient de ne plus remplir leur mission culturelle et sociale.

 A l’opposé, d’autres bibliothécaires ayant affaire à un public essentiellement rural ont tendance à acquérir des ouvrages généralistes, parfois de faible niveau. Certaines bibliothèques municipales refusent d’acheter des livres qui dépassent le deuxième cycle universitaire. Cela est surtout vrai pour ce qui est des sciences dures. Encore une fois, il faut faire attention à ne pas décider à la place du lecteur ce qu’il est ou non capable de lire. Dans le souci de facilité la pratique, l’adulte n’est plus considéré comme tel. Avec l’arrivée des néo-ruraux, qui modifie le paysage culturel des campagnes, ces pratiques tendent à se résorber.

 
Dans d’autres cas, les bibliothécaires ont des impératifs et ne peuvent pas toujours faire ce qu’ils désirent en matière d’acquisition. La bibliothèque municipale s’inscrit largement dans une vocation politique. C’est pour cette raison que l’un des ouvrages d’Anne-Marie Bertrand s’intitule Les bibliothèques municipales. Enjeux culturels, sociaux et politiques.

 Les bibliothèques municipales, en tant que collectivités territoriales doivent sans cesse composer avec les élus pour obtenir un budget nécessaire à son développement. Les incitations politiques et financières de l’Etat en faveur des bibliothèques municipales n’ont été efficaces que parce qu’elles ont rencontré l’intérêt des villes et des élus municipaux. L’objectif est de faire en sorte que cet intérêt dure car la bibliothèque n’est pas un service obligatoire. Pour cela, les directeurs ont pour mission d’être convaincants auprès des élus. Cela passe par de bon argument concernant la légitimité des collections mais aussi une fonction de représentation par l’intermédiaire des bibliothèques. Par exemple, les conférences et les expositions, en plus de faire vivre les collections et de les présenter aux publics, montrent l’importance de la bibliothèque dans la vie culturelle de la ville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La politique en bibliothèque peut être d’un autre ordre. On insiste souvent sur le caractère encyclopédique et pluraliste des collections. Or sous prétexte de pluralisme politique et idéologique, certains élus n’hésitent pas à se servir des bibliothèques pour faire passer un message. On se souvient des directeurs des bibliothèques d’Orange et de Marignane à qui les municipalités avaient demandé d’acquérir revues et livres d’idéologie extrémiste. Ayant refusé, ils avaient dû quitter leur poste. La question du pluralisme se pose alors. La bibliothèque doit-elle être un terrain sur lequel on combat les idéologies ? Où bien, comme l’exprime Jean-Luc Gautier-Gentes « l’extrême droite qui doit être combattue dans les urnes, doit pouvoir s’exprimer à travers les collections des bibliothèques. » ? Mais l’acquisition d’ouvrages correspondant aux thèses d’un courant politique n’est pas la seule façon de faire de la politique en bibliothèque. Une méthode plus discrète consiste à favoriser tel genre à la place d’un autre. Les municipalités d’extrême droite ont souvent tendance à ouvrages de littérature classique plutôt que des ouvrages de réflexion sur l’actualité. Dans cette optique, il pense avoir les mains libres en ce qui concerne le réel. Néanmoins, le désir d’orienter les collections ne doit pas seulement être attribué aux partis extrémistes. De la même façon, une municipalité RPR aura une collection importante à la gloire du Général de Gaulle et une municipalité socialiste mettra en valeur des biographies de dirigeant mythiques du parti.

 Toutefois, dans une situation normale, les idées politiques ne sont pas là pour convaincre mais pour informer car la bibliothèque est également un moyen d’accès à une citoyenneté responsable.

 
Mais si la citoyenneté est présente en bibliothèque, c’est de façon indirect. Dans le cas ou le pluralisme est appliqué sans dérives, la bibliothèque municipale est une importante source de documentation sur la politique.

 Lire la presse est un exemple d’accès à la citoyenneté responsable. C’est, en général, un bon moyen de se forger une opinion. Alors qu’individuellement, on aurait tendance a acheter un titre unique de journal, la bibliothèque municipale offre cet avantage de présenter de nombreux titres de divers horizons. Lire Le Monde, Le Figaro, le Nouvel Observateur ou Politis est une bonne initiation et cela peut également être un point de départ pour compléter nos informations sur l’état du monde. Il peut s’agir d’ouvrage de réflexion philosophique sur la société, de livres politiques tels des biographies d’hommes d’Etat.

 Les livres historiques rencontrent aussi un grand succès auprès des jeunes lecteurs qui se posent des questions sur le passé de la France ou celui de leurs ancêtres. Cela est également un moyen de comprendre le monde contemporain.

 Cette mise à disposition de la presse et le prêt d’ouvrages documentaires confèrent à la bibliothèque un certain rôle de formation politique des jeunes citoyens. Encore faut-il que ceux-ci s’y intéresse. Pour les autres cela se retrouve noyé dans la masse de documents. Les bibliothèques devraient alors travailler davantage dans ce sens afin d’apporter aux lecteurs un regard élargi et citoyen sur le monde.

 



Ainsi la bibliothèque doit offrir doit offrir ses services à tous les lecteurs possibles : chercheurs, érudits, membres du corps enseignants ou élèves, citadins ou ruraux, enfants désireux de s’instruire ou de se distraire sans oublier les populations défavorisées, les itinérants, les malades, les délinquants, les prisonniers. Lorsque l’on regarde cette liste, on ne peut s’empêcher de penser que les bibliothèques municipales ne peuvent avoir qu’une seule vocation. Ses vocations doivent être variées pour s’adapter au plus grand nombre. Et si dans une bibliothèque, une mission semble surpasser les autres, ce ne peut être qu’une décision isolée dans la mesure où aucune loi stricte ne définit les missions des bibliothèques municipales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Elodie DELCAMBRE-MAILLARD
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