François Boissier de la Croix de Sauvages est né à Alais, le 12 mai 1706. Il est le fils d'un ancien capitaine au régiment de Flandre. En 1722, il part étudier la médecine à Montpellier sous Astruc, Deidier,Haguenot, Chicoyneau... Mais il se passionne également, pendant ses temps libres, pour les mathématiques, la physique, la chimie, l'anatomie et la botanique. En 1726, il est reçu docteur avec la thèse suivante : l'amour peut-il être guéri par les plantes ? Cette thèse originale lui vaut le surnom de médecin de l'amour pendant quelques temps. En 1730, il va continuer ses études à Paris. C'est là qu'il conçoit et exécute le projet de classer les maladies d'après leurs caractéristiques, de la même manière que pour les plantes. Il rentre à Montpellier au bout de quinze mois à la suite d'une ophtalmie dont il ne guérira jamais complètement. Dès 1731 il devient correspondant de la Société royale des sciences de Montpellier, et quelques années après, associé dans la Classe des botanistes. Cette même année, après le décès de Marcot, il obtient la chaire de médecine vacante de Montpellier, avec dispense du concours, et il publie son Traité des classes des maladies. En 1740, il est désigné, avec Fitz-Gerald, pour remplacer le fils Chycoineau, dans l'enseignement de la botanique. A la mort de Fitz-Gerald, en 1748, il se retrouve seul à enseigner cette discipline. En 1752, il reçoit le titre de professeur royal de botanique. En 1751, Boissier de Sauvages est à la tête de l'école de Montpellier, il appartient aux plus illustres académies et sociétés savantes d'Europe. Celle de Toulouse lui décerna un prix pour une dissertation sur la rage ; celle de Bordeaux pour deux traités, l'un sur l'action des médicaments et l'autre sur les effets de l'air sur le corps humain ; l'académie de Rouen le récompense pour un écrit sur les animaux venimeux en France. Il meurt le 19 février 1767 à l'âge de 61 ans, laissant deux fils et quatre filles.
Sa correspondance
François Boissier de Sauvages correspond longtemps avec un autre médecin Pierre Baux ; il correspond également avec Herman Boerhäave puis avec Carl Von Linné. En 1731, il publie un premier et mince volume de sa Nosologie, dont il envoie un exemplaire à Boerähave. Il semble que Boerhäave ait alors vanté les mérites de Boissier de Sauvages à Linné (naturaliste et taxinomiste très populaire). Le choix d'adresser son ouvrage à Boerhäave était très judicieux et cette publication, dans laquelle il applique la méthode botanique linnéenne au classement des affections, marque le début de son amitié avec le naturaliste suédois. Boissier de Sauvages devient alors le premier correspondant de Linné à Montpellier Les deux hommes, qui ne se rencontreront jamais, échangent une correspondance fournie, soit une cinquantaine de lettres, entre 1737 et 1765. Linné y parle surtout de questions médicales, demandant à celui qu'il qualifie de « Prince des médecins » son avis sur le traitement de telle ou telle affection. Grâce à l'influence de Boissier de Sauvages, Linné est nommé en 1743 « associé étranger » de la Société royale des sciences de Montpellier, et Boissier de Sauvages, en retour, est élu en 1749 à l'Académie royale des sciences de Stockholm. Les deux hommes, dans leurs lettres s'expriment en toute liberté. Mais cela ne leur est pas propre. En effet, il y a dans la correspondance des naturalistes du XVIIIe siècle une franchise souvent brutale qui ne dissimule aucun sentiment, même les plus personnels. C'est ainsi que Linné confie à Boissier de Sauvages son abattement causé par les attaques de La Mettrie (médecin et philosophe du XVIIIe siècle bien connu pour ses pamphlets) contre sa méthode de classification. Boissier de Sauvages correspondait avec de nombreux savants de France et de l'étranger mais c'est certainement la relation avec Linné qui lui permit de s'insérer dans le paysage médical du XVIIIe siècle.
Son oeuvre
L'oeuvre de François Boisser de Sauvages est assez importante, c'est pourquoi, on n'en citera pas la totalité. Son premier ouvrage publié après sa thèse, est donc le Traité des classes des maladies (1731). En 1738, paraît sa Theoria Febris dans laquelle il prétend que la cause de la fièvre réside dans les efforts que fait l'âme pour lutter contre les obstacles qui s'opposent à la liberté des mouvements du coeur. En 1749, il publie un ouvrage devenu fameux sur la nature et la cause de la rage. Dès 1751, il fait paraître son Methodus foliorum, avec un catalogue de 500 plantes. Puis il édite quelques ouvrages sur les réactions du corps humain : en 1752 paraît Sur les médicaments qui affectent certaines parties du corps humain et en 1753, Sur les mouvements des muscles et Comment l'air, suivant ses diverses qualités, agit sur le corps humain. Un peu plus tard, sont publiés ses Eléments de physiologie et de pathologie. Dans De natura rediviva, paru en 1760, il rassemble tout ce qu'il avait écrit auparavant afin d'établir son système de l'action de l'âme, comme principe des mouvements du coeur. Il rédige également plusieurs articles dans les Mémoires de la Société des sciences de Montpelliers (1743 et 1745), De l'académie des sciences de Suède (tome XII), De l'Académie de Berlin (tome XI), les Actes des curieux de la nature , et dans l'ancien Journal de médecine (tomes II et III) Plusieurs de ses écrits ont été réunis par Gilibert sous le titre de Chefs-d'oeuvre de Sauvages (Lyon, 1771, 2 vol.)
Sa Nosologie Méthodique
Présentation
Depuis longtemps on demandait une nouvelle édition de Traité des classes des maladies devenu très rare ; Sauvages en donne une, trente ans plus tard, perfectionnée, intitulée Nosologia méthodica (Annexe n° 2). Il présente dix classes de maladies, comprenant deux cent quatre vingt quinze genres sous lesquels viennent se ranger environ deux mille quatre cents espèces de maladies. On a reproché à Sauvages d'avoir distingué trop d'espèces de maladies. C'est le tome VII de cette dernière version qui sera étudié ici. Il commence par un sommaire (4 pages) qui donne toutes les définitions des maladies abordées (vésanie, vertige, boulimie, manie, amnésie...). Vient ensuite ce qu'il appelle la Théorie de la huitième classe (ou Théorie de la folie) composée de 25 pages, dans laquelle il discourt des facultés de l'homme, du bien... Puis dans une sorte d'introduction générale (11 pages), il explique le choix du classement de ces folies et de leurs causes. Chacune des quatre sortes de folie (hallucination, bizarreries, délires, folies anormales) est présentée rapidement, puis l'auteur les divise en genre et en espèces. Ce tome ne comprend pas de conclusion, il contient uniquement une « Table des ordres et genres de maladies » (3 pages). Dans cet ouvrage il a dressé une description assez détaillée des folies qui, dans sa classification, constituent la huitième classe. Il les divise en hallucinations, bizarreries, délires, folies anormales. L'hypocondrie et le somnambulisme entrent dans les égarements de l'esprit et leur cause est extérieure au cerveau. Les délires sont souvent occasionnés par un vice du cerveau.
L'ouvrage est construit ainsi :
I. Les hallucinations (dont vertige, berlue, bévue, tintouin, hypocondrie, somnambulisme) II. Les bizarreries (dont appétit dépravé, boulimie, soif excessive, antipathie, nostalgie, terreur panique, satyriasis, nymphomanie, tarentisme, hydrophobie) III. Les vésanies (dont transport du cerveau, démence, mélancolie, démonomanie, manie, hypocondrie) IV. Les folies anormales (dont amnésie, insomnie)
Edition / diffusion
La Nosologie Méthodique obtint un grand succès en son temps. Malgré les reproches qu'on pouvait lui faire, Linné adopta la Nosologie méthodique de Sauvages pour ses leçons à l'Université d'Upsal. Cet ouvrage très riche est paru pour la première fois, en 1759, sous le nom de Pathologia methodica seu de cognoscendis morbis. Il reparaît sous le titre de Nosologia methodica juxta Sydenhami mentem et botanicorum ordinem, Amsterdam, en 1763 (5 vol.), en 1768 (Lyon, 2 vol.), en 1797 (édition de Leipsick, 5 vol.). Il existe deux traductions françaises de cet ouvrage : celle de François (Paris, 1771, 3 vol.) et celle de Simon-Joseph Gouvion (Lyon, 1772, 10 vol.). Cette dernière est la plus fidèle. On y joint le Genera morborum de Linné, en latin et en français. L'oeuvre originale, en latin, et sa traduction en français, assurèrent à Boissier de Sauvages, une large diffusion de ses conceptions. La Nosologie Méthodique a été rééditée à plusieurs reprises. Sur le SUDOC (Système Universitaire de Documentation) on peut trouver des éditions latines de 1763, de 1768. Cette même édition a aussi été numérisée par la BIUM. Quant aux éditions françaises, on en trouve de 1770/1771, de 1771, de 1772 (cinq éditions différentes). Dans le catalogue Bn-opale Plus de la BNF, les premières éditions que l'on trouve sont françaises. Il y en a deux de 1770/1771, une de 1772. Les deux éditions latines qui s?y trouvent datent de 1790/1791 et de 1790/1795.
Résumé
François Boissier de Sauvages commence par une présentation de la folie. Il décrit les vésanies qui sont, selon lui, « des maladies de l'âme, lesquelles consistent dans une dépravation de l'imagination, de l'appétit ou du jugement, ou dans une hallucination, une bizarrerie ou un délire. » . Les symptômes de ces maladies peuvent être très variés : « une erreur, une aliénation, un délire, ou une démence de l'âme, ou une dépravation de l'imagination, du jugement, du désir ou de la volonté. » . Il expose ensuite les facultés de l'âme que Dieu a accordée à l'homme (connaître, désirer, agir), la perception que l'on a du bien. Après, il présente rapidement les troubles dus à un vice des organes externes. Il reconnaît que ceux-ci sont beaucoup plus faciles à soigner car l'erreur se dissipe à l'aide de l'imagination, du jugement, des sens : « la vue et le toucher corrigent les erreurs de l'ouïe, l'ouïe et le tact celles de la vue » . Le premier type de vésanie évoqué sont les hallucinations qui sont des erreurs ou égarements de l'esprit : «Ce sont des maladies dont le principal symptôme est une imagination dépravée et erronée » . Les causes de l'hallucination sont une trop grande attention sur une idée qui empêche de se concentrer sur d'autres, et plus concrètement la trop grande sensibilité des fibres nerveuses ou un mouvement trop rapide du fluide nerveux. Pour guérir, il faut soigner l'organe vicié. Les bizarreries sont causées par une « dépravation de la volonté » (due à un vice corporel ou spirituel) : « Un bizarre (...) est un homme qui désire comme un bien réel ce qui ne l'est point, ou qui évite comme un mal ce qui lui est réellement avantageux » . Pour la guérison de ce genre de malades, il faut des analeptiques, une bonne alimentation, du repos, de la distraction... En troisième position, après être revenu en quelques pages sur la raison, les bizarreries, l'hallucination, l'auteur présente les « délires ». Contrairement aux malades tombés dans l'hallucination, les malades tombés dans le délire ont le cerveau lésé et ne peuvent reconnaître leur erreur. Il existe de nombreuses causes à ce mal : les poisons, les passions de l'âme ... causent un vice du cerveau, des fibres qui à leur tour provoquent la maladie Pour espérer la guérison, il faut utiliser des médicaments propres à corriger le vice du sang des organes qui semblent occasionner la maladie, comme les humectants, les délayants, les laxatifs...Néanmoins, les narcotiques font parfois très bien l'affaire. Outre ces remèdes concrets, les secours moraux sont parfois conseillés (surtout dans la période de rémission) A la fin, François Boissier de Sauvages expose ce qu'il appelle les « folies anormales ou maladies qui ont du rapport avec les premières ». Dans ce quatrième ordre, on ne compte que deux maladies (amnésie, insomnie) dont les causes peuvent être multiples : les passions de l'âme, l'oisiveté, les poisons, des rapports sexuels trop fréquents... La guérison s'obtient notamment grâce aux fortifiants et aux altérants. Il ne donne pas de conclusion générale à ce volume.